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Réunions-débats > 25 mai 2002

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Thème : Les trois cultures du développement humain (25 mai 2002) - Forum ouvert

Jean-Baptiste de Foucauld a été commissaire au Plan. Il préside l’association Solidarités nouvelles face au chômage et le club Convictions. Il est notamment l’auteur, avec Denis Piveteau, d’"Une société en quête de sens". Il a publié récemment "Les trois cultures du développement humain" (Editions Odile Jacob - mars 2002).


Penser public : Dans "Les trois cultures du développement humain", vous défendez l’idée que le débat sur notre société est le plus souvent un débat sur les moyens et qu’il occulte toute réflexion sur le sens et ne développe pas de vision de l’homme et en particulier de l’homme en société. Comment, selon vous redonner du sens ?

Jean-Baptiste de Foucauld : c’est en effet toute la problématique du livre. Il existe trois approches possibles du sens : le sens comme un mystère " révélé ", le sens qui préexiste à la réflexion mais qui nécessite d’être approfondi, d’être découvert et le sens qui ne préexiste pas, mais qui est à construire.

Dès lors, la construction du sens passe par plusieurs étapes.

Il faut d’abord partir de l’idée que la question du sens se pose, et en particulier au plan individuel. Il s’agit pour chacun d’entre nous de vivre pour le sens, de se demander si ce que nous vivons fait sens pour nous, si notre activité est en accord intime avec ce que nous sommes. Donc, la première étape est de cultiver chacun à son niveau le désir de sens.

Ensuite, la réflexion sur le sens nécessite un travail sur soi même et avec les autres. Il s’agit d’analyser ce qui nous vient de la tradition dans ce que nous vivons et de prendre de la distance. Tout ceci demande du temps et la société moderne n’y aide pas. Celle-ci produit au contraire beaucoup d’injonctions à notre encontre et permet peu la prise de distance. C’est ici qu’intervient la nécessité de développer une " culture de la résistance ".

Au plan collectif, la construction du sens passe par ce que je nommerais " l’éthique de la discussion ". Celle-ci consiste à mettre en commun entre des personnes les savoirs existants sur un sujet et à créer ainsi une base commune de référence pour faire remonter le vécu des gens, comme base de la prise de décision démocratique. Aujourd’hui, le vécu des personnes n’est ni écouté, ni pris en compte, en particulier par les décisions technocratiques.

Enfin, la construction du sens suppose de définir de ce que l’on veut faire, c’est à dire expliciter l’implicite, les présupposés de la décision, ce à quoi la formation énarchique ne prédispose pas. A cet égard, le désir de pouvoir parasite souvent le désir de sens. Il faut être capable de s’avouer son désir de pouvoir, de le sociabiliser, de le confronter au désir de sens.

Je voudrais préciser néanmoins que l’éthique de la discussion ne mène pas obligatoirement au consensus. Mais elle doit être au cœur du fonctionnement démocratique. Elle doit permettre entre autres de faire que l’économie soit un moyen au service de la vision démocratique de la personne, c’est à dire permettre à chacun de donner le meilleur de lui-même. Le marché, qui à certains égards peut être assimilé à la nature, ne fabrique pas de l’égale dignité, ce qu’il s’agit de corriger.


Penser public : Doit-on considérer  que selon vous, le sens du projet démocratique est d’approfondir la démocratie elle-même ?

Jean-Baptiste de Foucauld : Absolument. Je ferais néanmoins une distinction entre démocratie représentative et démocratie participative. La démocratie représentative ne favorise pas d’elle-même l’éthique de la discussion mais plutôt le jeu stratégique des acteurs. Il est néanmoins de la responsabilité de ces acteurs de favoriser l’éthique de la discussion dans leur propre sphère (les partis politiques par exemple).

A côté, il y a la place pour une démocratie participative fonctionnant sur l’éthique de la discussion, sur des champs autonomes (des sujets particuliers) et dont les conclusions ont vocations à circuler ensuite dans la société, ce qu’Internet peut largement favoriser.


Penser public : Dans l’approfondissement et l’extension de l’éthique de la discussion, quel rôle le politique, l’Etat et les services publics doivent-ils jouer ?

Jean-Baptiste de Foucauld : Le politique a intérêt à mettre en place des structures de débat communicationnel en amont de la prise de décision. Mais ces structures doivent faire leur travail sérieusement et ne pas être de simples gadgets.

L’Etat et son administration ont intérêt à utiliser ces méthodes pour améliorer le dialogue entre administration centrale et administration déconcentrée. L’administration centrale ne consulte pas assez l’administration locale qui du reste est de bonne qualité. Les " metteurs en œuvre " sont peu associés à la décision.

Quant aux services publics, il est nécessaire de mener des débats de fond très sérieux avant de prendre des décisions à leur égard et de bien clarifier à chaque fois ce que l’on a en tête, ce qui n’a pas toujours été très clair dans le passé (France télécom, SNCF, etc.). Il me semble à cet égard nécessaire de revenir aux questions de fond : faut-il un prix unique ? Jusqu’où doit aller la différenciation tarifaire ? etc.


Penser public : dans ce dialogue nécessaire entre pouvoirs publics et société civile, quel rôle doit jouer selon vous le Conseil économique et social ?

Jean-Baptiste de Foucauld : Je pense que le CES est peu utilisé et qu’il a peu de moyens pour travailler à l’élaboration de rapports. Selon moi, cette institution devrait davantage être un lieu de débat sur des rapports produits en dehors d’elle (par le Plan par exemple), travailler à la conclusion des compromis et remettre des avis argumentés en vue de la décision politique. Bref, c’est toute la chaîne d’analyse, de débat et de décision qu’il s’agit de reconstituer.

Le CES a un rôle essentiel à jouer dans le travail qui consiste faire émerger ce en quoi les parties ne sont pas d’accord.


Penser public : au plan international, quels vous paraissent être les moyens d’améliorer les régulations ?

Jean-Baptiste de Foucauld : Au plan européen, je suis favorable à la fusion des piliers et à l’élection de la Commission sous forme universelle. Ceci accroîtrait sa force d’impulsion dans un contexte où l’Europe avec la question de l’élargissement, vit actuellement de fortes tensions internes.

Au plan mondial, l’élection d’un Parlement mondial pourrait jouer un rôle de réflexion sur des problèmes d’intérêt général. Il devrait avoir pouvoir de proposition et serait responsable en quelque sorte de l’intérêt planétaire.

Je pense que les régulations mondiales progressent depuis quelques années, en partie d’ailleurs sous l’influence des mouvements anti-mondialisation.


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